L’Amérique disparue Par Georges Bataille « Il faut immédiatement préciser que rien dans l’Amérique disparue ne peut être, selon nous, égalé au Mexique, région dans laquelle il faut d’ailleurs distinguer deux civilisations fort différentes, celles des Mayas-Qu’itché et celle des Mexicains proprement dits. La civilisation Maya-Qu’itché passe en général pour avoir été la plus brillante et la plus intéressante de toutes celles de l’Amérique disparue. En effet, ce sont probablement ses productions qui se rapprochent le plus de celles que les archéologues ont l’habitude de donner comme remarquables. Elle s’est développée, à une époque antérieure de quelques siècles à la conquête espagnole dans la région orientale de l’Amérique centrale, dans le sud du Mexique actuel, exactement dans la presqu’île du Yucatan. Elles étaient en pleine déchéance lors de l’arrivée des Espagnols. L’art maya est certainement plus humain qu’aucun autre en Amérique. Bien qu’il n’y ait certainement pas eu d’influence, il est difficile de ne pas le rapprocher des arts contemporains d’Extrême-Orient, de l’art khmer par exemple » (…) « Les arts [de la civilisation incaïque NDLR], bien qu’assez brillants, ne présentent  cependant qu’un intérêt de second ordre : les tissus, les vases en forme de têtes humaines ou d’animaux sont remarquables. Mais c’est ailleurs que chez les Incas qu’il faut chercher dans cette contrée une production vraiment digne d’intérêt. A Tiahuanaco, dans le nord de la Bolivie, la fameuse porte du Soleil, témoigne déjà d’une architecture et d’un art prestigieux qu’il faut attribuer à une époque très reculée. Des poteries, divers fragments se rattachent par le style à cette porte millénaire. Enfin, à l’époque même des Incas, se sont les peuples de la côte, de civilisation plus ancienne, qui sont les auteurs des objets les plus curieux. La Colombie, l’Équateur, Panama, les Antilles présentaient également à l’époque de la conquête des civilisations très développées dont l’art nous étonne aujourd’hui. C’est même aux peuples de ces régions qu’il faut attribuer une partie importante des statuettes fantastiques, des visages de rêve qui situent l’art précolombien dans les préoccupations actuelles ». Ce qui reste des grandes civilisations de l’Amérique Par Alfred Métraux « Le Pérou est (…) le pays dont la vie passée est le plus facile à reconstituer : toute la portion du littoral Pacifique a été autrefois le siège de plusieurs États fort peuplés. Au cours des siècles, ces races ont couvert la côte de leurs sépultures, et leurs cimetières s’étendent dans les dunes sur de vastes espaces : le sable brûlant a conservé intacts les morts et le mobilier qui les accompagnait. Chaque coup de pelle ramène au jour des corps desséchés vêtus de leurs meilleurs vêtements, avec leurs aliments, leurs objets familiers. Les hommes ont leurs armes et leurs instruments agricoles, les femmes leurs métiers à broder. Les tissus, les plumes, les poteries sortent de terre avec la fraîcheur et l’éclat du jour où ils ont été enfouis et rien ne nous reste inconnu de l’aspect extérieur ni des arts de ces hommes dont nous ignorons souvent toute l’histoire.  La céramique mexicaine a plutôt une valeur artistique que documentaire ; à part quelques vases maya qui représentent des scènes mythologiques ou religieuses, leur décor a bien plus un caractère géométrique et vaut surtout par l’extraordinaire richesse de tons. La statuaire était peu développée au Pérou. Nous avons un petit nombre de sculptures péruviennes, et toutes, à part de petits pièces telles que des mortiers, sont lourdes et gauches. Les peuples de l’Amérique centrale et du Mexique ont, en revanche, poussé cet art jusqu’à une rare splendeur. On a trouvé dans cette région des centaines de sculptures qui vont depuis les rudimentaires figures des civilisations ar-    Ce qu’ils ont écrit sur l’art précolombien Ces extraits sont puisés à bonne source : Les Cahiers de la République des Lettres, des Sciences et des Arts, datés de 1928. Sont ici réunis, sous la direction de Pierre d’Espezel, les ressentis sur l’Art Précolombien de Georges Bataille, Alfred Métraux, Paul Morand, François Poncetton et J.-H. Rosny, aîné de l’Académie Goncourt. Des points de vue que chacun est en droit de contester ! Porte du Solei à Tiahuanaco (Bolivie) © Claude Joulain Edition Paris Les Beaux Arts Vase portrait mochica CGB ©  Statuette en céramique creuse Veracruz. © A. d’Orval
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